Amitiés difficiles entre enfants : que faire quand ils ne s'entendent pas ?

Deux enfants, deux points de vue : comment accompagner une relation difficile

· Être parent,Questions de parents

« Ma fille vit des conflits avec une autre enfant à l’école et je ne sais pas quoi faire pour que ça s’arrange. »

C’est typiquement le genre de question que les parents peuvent se poser au sujet des relations de leurs enfants, à l’école ou ailleurs.

Ce sont des situations très fréquentes, mais qui mettent les parents dans une position particulièrement inconfortable. Il y a d'un côté les deux enfants qui semblent difficiles à réconcilier... et au milieu les adultes, leurs parents, qui essayent de comprendre, apaiser... et trouver comment elles pourraient s'entendre à nouveau.

Les parents me demandent souvent :

« Comment faire pour que ces deux enfants s’entendent ? »

... mais la question à se poser ce serait plutôt :

« Qu’est-ce que chacun de ces enfants est en train de vivre, et comment puis-je aider le mien ? »

Une situation, deux points de vue

Je vais vous donner un exemple concret, inspiré d’un échange avec une maman membre de la communauté PAIZI.

Sa fille de 10 ans, appelons-la Margaux, vit depuis plusieurs semaines une relation compliquée avec une camarade, que nous appellerons Capucine.

La maman décrit Capucine comme assez envahissante et insistante.

Elle « colle » Margaux.

Et Margaux, de son côté, commence à saturer.

Lorsqu’elle est trop sollicitée, elle finit par devenir blessante.

Sa maman lui a déjà conseillé de jouer avec d’autres copines, avec lesquelles les relations sont plus fluides.

Mais arrive une semaine de classe verte et cette fois, Margaux et Capucine se retrouvent ensemble quasiment en permanence. Inévitablement, les tensions montent et Capucine revient très triste de cette classe verte à cause de l’attitude de Margaux.

Sa maman propose alors d’inviter Margaux et sa mère à la maison pour « en parler ».

Pour Margaux, c’est hors de question ! Elle se braque et refuse catégoriquement d'aller parler chez Capucine.

C'est donc la maman de Margaux qui me demande :

« Qu’est-ce que je peux faire pour que ça s’arrange ? »

C’est là que je trouve intéressant de regarder la situation en miroir, parce que je peux me placer du côté de Margaux... mais aussi du côté de Capucine. Et donc du côté de chacun des parents !

Une même situation peut être vécue de deux façons très différentes.

Le réflexe parental : réconcilier les enfants

Dans ce type de situation, notre réflexe est presque automatique :

il faut trouver une solution pour améliorer la relation.

On se dit :

  • il faut apaiser ;
  • il faut expliquer ;
  • il faut que les enfants se parlent ;
  • il faut qu’ils se réconcilient ;
  • il faut que les adultes interviennent.

Bref : il faut trouver comment rétablir la relation. C’est parfaitement compréhensible parce qu’en tant que parent, voir son enfant en conflit avec un autre enfant peut être très inconfortable : on voit les comportements qui nous inquiètent :

  • un enfant qui repousse et rejette ;
  • un autre qui insiste et s'impose ;
  • des paroles blessantes ;
  • des pleurs ;

Alors on aimerait que ça se règle, pour que tout le monde aille bien et que les enfants retrouvent une relation harmonieuse. Mais ce réflexe, aussi naturel soit-il, contient un piège...

Toutes les relations entre enfants ne sont pas des relations à réparer à tout prix

Ce que cette situation nous montre, c’est quelque chose d’important :

toutes les relations entre enfants ne sont pas des relations que les adultes doivent gérer, résoudre ou réparer.

Parfois, deux enfants ne s’entendent tout simplement pas très bien et c’est difficile à accepter.

Dans cette situation que j'ai prise en exemple, Margaux et Capucine ne semblent pas réussir à trouver un fonctionnement qui leur convient à toutes les deux. Capucine insiste et s’impose sans obtenir ce qu’elle cherche tandis que Margaux se sent envahie et finit par la repousser maladroitement pour être tranquille.

La question n’est donc peut-être pas :

« Comment les aider à se réconcilier ? »

Mais plutôt :

« Comment aider chacune de ces enfants à vivre au mieux cette relation ? »

Voir les choses sous ce nouvel angle peut changer complètement notre manière d’intervenir... et trouver plus facilement ce qui peut vraiment aider.

Pour l'enfant qui rejette : d'abord accueillir avant de conseiller

Du côté de Margaux, quelque chose semble assez clair : elle sature de la présence de Capucine. Elle est probablement fatiguée de cette relation et anticipe une mise en accusation. Le piège serait alors de transformer la situation en discussion obligatoire, en médiation forcée ou en tentative de « réparation sociale ».

La première chose à faire peut être beaucoup plus simple : accueillir ce que vit l’enfant, sans chercher immédiatement à corriger son comportement.

Par exemple :

« Je comprends que tu sois vraiment saturée de cette relation. »

« Ça a dû être lourd pour toi, cette classe verte. »

« Tu n’as pas envie d’en parler avec elle, je l’entends. »

Cela ne signifie pas que tout est acceptable dans le comportement de Margaux, mais simplement qu’on commence par essayer de comprendre ce qui se passe pour elle. Cela permet la plupart du temps de changer beaucoup de choses car l’enfant ne se sent pas sommé de « bien se comporter » dans une relation qu’il vit comme difficile.

Pour l'enfant qui rejette

: travailler ensuite les stratégies

Une fois que le vécu de l’enfant a été accueilli, il devient beaucoup plus facile de travailler sur les compétences relationnelles. Le but n'est pas de forcer la réconciliation mais d'éviter que le sentiment d'être assillie ne se transforme en agressivité ou en paroles blessantes.

On peut alors réfléchir avec l’enfant :

  • Comment dire stop sans blesser ?
  • Comment s’éloigner sans rejeter brutalement ?
  • Comment sortir d’une interaction qui devient trop envahissante ?
  • Comment demander de l’aide à un adulte ?
  • Comment poser une limite quand on n’en peut plus ?

On n’est plus dans :

« Vous devez vous entendre. »

Mais dans :

« Comment peux-tu faire lorsque tu es coincée dans une interaction que tu ne veux pas ? »

Et ça change beaucoup de choses !

Pour l'enfant qui se sent rejeté

On peut également considérer la situation du point de vue de l'autre enfant. Capucine revient de la classe verte très triste et elle souffre probablement de sentir que Margaux ne veut plus jouer avec elle. Sa maman cherche naturellement à l’aider et c'est humaine : quand notre enfant souffre, nous avons envie de faire quelque chose pour soulager cette souffrance.

C'est sans doute pour chercher à aider sa fille que lui vient l'idée de proposer une rencontre entre les deux familles.

Mais il y a un point important à prendre en compte : ce n’est pas le rôle de Margaux de soulager la souffrance de Capucine.

C'est pour cette raison qu'une rencontre entre les deux familles n’est pas nécessairement la solution. Elle pourrait même, dans ce cas précis, produire l’effet inverse :

  • mettre davantage de pression sur Margaux ;
  • lui donner le sentiment qu’on lui fait un procès ;
  • augmenter sa crispation ;
  • rendre encore plus inconfortable une relation déjà difficile.

Accueillir la tristesse de l'enfant qui se sent rejeté

Du côté de Capucine, on gagnera à accueillir sa souffrance :

« Ça doit être difficile pour toi de sentir que Margaux ne veut pas jouer avec toi. »

« Je comprends que tu sois triste et frustrée. »

Mais ensuite, il n’est pas forcément nécessaire de transformer cette tristesse en mission de rapprochement.

On peut accompagner Capucine à travers ce qu’elle vit :

  • comment vivre le rejet sans insister davantage ;
  • comment respecter le besoin de distance de l’autre ;
  • comment réguler sa frustration ;
  • comment trouver d’autres relations dans lesquelles elle se sent bien ;
  • comment demander de l’aide lorsqu’une relation devient difficile.

L’objectif n’est pas de faire en sorte qu'elle ne soit plus être triste mais de lui apprendre progressivement qu’elle peut traverser cette tristesse.

Les deux enfants peuvent avoir besoin d’aide… sans que l’un soit le problème de l’autre

C’est peut-être le point le plus important de cette histoire.

La souffrance de Capucine est réelle et la saturation de Margaux est réelle aussi.

Il n’est pas nécessaire de choisir qui a raison, ni de considérer qu’il y a forcément une « méchante » et une « victime ».

Il peut simplement y avoir deux enfants qui vivent une relation difficile, avec deux vécus très différents.

Les deux enfants peuvent avoir besoin d’aide : l’une peut avoir besoin d’apprendre à poser ses limites sans blesser tandis que l'autre peut avoir besoin d’apprendre à entendre une limite et à supporter la frustration qui l’accompagne.

Ainsi, chaque parent peut accueillir le vécu de son propre enfant et l’aider à développer les compétences dont il a besoin sans chercher à changer l'autre pour se sentir mieux.

Sortir du rôle de « gestionnaire de relation »

Les parents se retrouvent facilement à essayer de gérer les relations entre leurs enfants comme si elles étaient de leur responsabilité mais notre rôle est ailleurs.

Nous pouvons :

  • soutenir notre enfant dans ce qu’il vit ;
  • l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent ;
  • l’aider à comprendre certaines situations ;
  • lui apprendre des compétences relationnelles ;
  • l’aider à poser ses limites ;
  • l’aider à respecter celles des autres.

En revanche, nous n’avons pas nécessairement à gérer leurs relations sociales.

Capucine peut être triste.

Margaux peut se sentir agacée ou trop sollicitée.

Chacune pourra apprendre à traverser ce qu’elle ressent.

Ce n’est pas plus facile d’être le parent de l’une que de l’autre

On pourrait facilement penser que le parent de l’enfant rejeté est celui qui vit la situation la plus difficile mais ce n’est pas forcément le cas.

Ce n’est pas plus confortable d’être le parent de l’enfant qui se sent rejeté que d’être celui de l’enfant qui sature et qui repousse.

Les deux positions sont inconfortables, les deux peuvent provoquer de l’inquiétude, les deux donnent envie d’intervenir, de réparer, de « faire quelque chose » pour que ça aille mieux.

C’est précisément pour cela que regarder la situation en miroir peut être tellement précieux : cela permet à chaque parent de retrouver un rôle qui compte vraiment pour son enfant.

Et on peut le faire non pas en gérant la relation à sa place mais en accueillant ce que son propre enfant vit.

Parfois, faire moins sur la relation permet de faire plus pour l’enfant

Dans les relations difficiles entre enfants, nous sommes souvent tentés de chercher des solutions pour les réconcilier à tout prix : organiser une rencontre, expliquer, négocier, réconcilier, intervenir.

Mais parfois, la posture la plus utile est paradoxalement de faire moins pour la réconciliation et davantage pour l’enfant.

Un enfant qui se sent compris dans sa saturation n’a pas besoin d’attaquer pour se protéger et un enfant qui se sent compris dans sa tristesse n’aura plus autant besoin de rejeter pour se sentir respecté.

Retrouvez la vidéo ici ⬇️

Je suis Céline Syritellis

Je suis Céline Syritellis, et j’accompagne les parents qui souhaitent retrouver un quotidien plus PAIZible.

Vos questions sur les relations difficiles entre enfants

> Que faire quand mon enfant se dispute souvent avec un autre enfant ?
Avant de chercher à les réconcilier à tout prix, commencez par comprendre ce que votre enfant vit et ce dont il a besoin. Tous les conflits entre enfants ne nécessitent pas que les adultes interviennent directement dans leur relation.

> Mon enfant rejette un autre enfant : dois-je lui demander d’être plus gentil ?
Pas forcément. Vous pouvez accueillir ce qui le pousse à prendre ses distances tout en lui apprenant à exprimer ses limites sans blesser l’autre.

> Que faire si mon enfant ne supporte plus un camarade ?
Vous pouvez commencer par reconnaître sa saturation : « Je comprends, tu en as vraiment assez. » Une fois l’émotion redescendue, "à froid" , vous pourrez l’aider à réfléchir à ce qu’il peut faire ou dire dans cette situation.

> Dois-je intervenir si mon enfant est rejeté par un autre enfant ?
Votre rôle est d’abord d’être là pour votre enfant et d’accueillir ce que cette situation lui fait vivre. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faut intervenir auprès de l’autre enfant ou de ses parents.

> Comment aider mon enfant à gérer les conflits avec ses amis ?
L’aider à identifier ce qu’il ressent, ce qu’il veut et les limites qu’il souhaite poser lui donnera progressivement les moyens de faire face aux difficultés relationnelles.

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